Suggah.
Un jeu dans le jeu.
Suggah sur Ultra Boy, les souvenirs de consoles et le contraste qui donne toute leur force aux basses.
En conversation avec Suggah
Un son de game over de Super Mario World a ouvert une piste que Suggah continue d’explorer : faire dialoguer les jeux vidéo de l’enfance avec des sons nouveaux. Ultra Boy en fait un monde à parcourir, imaginé comme la bande originale d’un jeu qui n’a jamais existé. À l’approche du vernissage du 5 novembre au Queen Kong Club de Neuchâtel, on parle d’identité musicale, de références cachées et du moment où une basse gagne à laisser un peu de place au silence.
Suggah est un projet électronique suisse nourri de bass music et de culture vidéoludique. Game Over EP est paru en 2016, puis F-Zero 99 EP avec stp.n.swp en 2024. L’entretien a été réalisé par e-mail en octobre 2026 ; les images sont issues du clip de Powerless.
Le son qui ouvre la porte.

Pour Ultra Boy, tu imagines la bande originale d’un jeu qui n’existe pas. Comment cette idée est-elle arrivée dans ton travail ? Raconte-nous le premier morceau ou le premier son qui t’a fait entrevoir ce jeu.
Pour cet album, j’avais avant tout besoin d’affirmer une identité musicale. En 2016, je variais énormément les genres musicaux sans vraiment assumer ma musique. Puis un jour, j’ai commencé à sampler le son de game over de Super Mario World.
Je baigne dans les jeux vidéo depuis tout petit et j’ai toujours aimé inclure ce genre d’univers dans ma musique. Faire tourner tout ça autour de la nostalgie avec des sons innovants, c’est un peu ma marque de fabrique. Et le concept peut évoluer dans tous les sens, je m’en réjouis. 😄
Treize niveaux, un même monde.

L’album est présenté comme un parcours en treize niveaux. Qu’est-ce qui t’a aidé à trouver leur ordre ? Y a-t-il un passage entre deux morceaux qui raconte quelque chose d’important pour toi ?
Disons que chaque morceau a son importance et construit une sorte de « lore » autour du jeu fictif qu’il représente. Comme l’album est varié, il y a des morceaux plus profonds que d’autres, évidemment. Mais avant tout, je me suis amusé à créer tout cet univers musical et fictif.
J’avoue que pour moi, les morceaux les plus importants sont Gate to the Past, Warp Zone, Game Over et Powerless. Cette dernière est la seule avec des paroles et une approche « radio-friendly » : pour la première fois, je me suis donné énormément de peine pour écrire les paroles.
Pour créer un impact, il faut du contraste et des surprises.
Des références à retrouver.

Tu pars notamment de souvenirs de consoles d’enfance. Est-ce qu’il y a une musique de jeu dont tu as gardé une idée de rythme, de mélodie ou de texture ? J’aimerais savoir comment ce souvenir se transforme quand tu produis aujourd’hui.
L’album est truffé de références à toutes sortes de jeux vidéo différents. Ça pourrait presque être un deuxième jeu dans le jeu de trouver toutes les refs !
Mais en général, je passe une musique, un bruitage, une texture que j’aime bien dans un sampler, où je joue avec le pitch. Je cherche jusqu’à ce que je trouve quelque chose d’intéressant pour mes oreilles.
Le contraste fait l’impact.

Dans cet univers, il y a de la place pour des moments contemplatifs et pour des basses beaucoup plus physiques. Quand tu travailles sur un morceau, qu’est-ce qui te fait sentir qu’il faut laisser respirer la musique, ou au contraire pousser l’énergie ? Un exemple de l’album serait super.
Pour moi, ça va dépendre de l’énergie ou de l’intensité du morceau. Si on prend Bananza, l’énergie générale est chaotique, avec des basses saturées. Garder cette énergie pendant tout un morceau peut l’affaiblir et la rendre répétitive.
Pour créer un impact, il faut du contraste et des surprises, puis surenchérir avec encore plus d’énergie. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire, mais pour ce morceau, ça fonctionne.
Faire vivre l’album ensemble.

Le 5 novembre, tu présentes Ultra Boy au QKC. Comment prépares-tu ce passage de l’album à une soirée avec du public ? Qu’aimerais-tu que les gens découvrent sur place qu’ils ne pourraient pas vivre de la même façon en écoutant le disque chez eux ?
Ce vernissage est un aboutissement important. J’ai eu énormément d’événements et de projets cette année, et j’ai un examen final pour un brevet cinq jours avant ce vernissage. Je ne l’ai donc pas autant bossé que je l’aurais voulu, mais cela ne change rien au fait que j’y mets tout mon cœur et que je veux bien faire.
Sur place, il y aura mon énergie légendaire, mais surtout un visuel aux petits oignons par le collectif Patrik, une ambiance conviviale avec plein d’amis plus ou moins connus dans le milieu qui viendront mixer et, je l’espère, l’album en version K7 et CD.
Jouer un album entier en live n’est pas une mince affaire, mais je ferai tout pour que la magie soit au rendez-vous, avec quelques surprises en plus.
Suggah
Interview by email · Editorial and image art direction: SCENE:ID. powerless clip